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Ville en vert

S’enraciner en jardinant collectivement

S’enraciner en jardinant collectivement Photo.pixabay

Un jardin collectif est un projet local et urbain dans lequel s’investissent des citoyens pour jardiner en vue de produire des fruits et légumes et de se les partager. Le tout est souvent supervisé par un animateur en agriculture urbaine, comme c’est le cas dans plusieurs projets de jardins collectifs dans Ahuntsic-Cartierville. Bien plus que du simple jardinage, les jardins collectifs développent un lieu commun, un espace d’interaction où les échanges entre les personnes renforcent le tissu social d’une localité (d’un quartier ou d’un arrondissement). Après deux années à animer plusieurs projets de jardin collectif, nous avons  pu produire quelques réflexions sociologiques sur notre expérience.

 La ville moderne et la campagne traditionnelle

Jardin collectif Ahuntsic-Cartierville

À une autre époque, dans un Québec alors très rural, le village typique de la campagne paysanne impliquait de connaître tous ses membres : tout le monde se connaissait malgré la distance qui séparait les différentes terres agricoles (la messe du dimanche était l’occasion de tous se voir). L’agriculture était au centre de la vie économique et sociale des habitants de ces communautés. Elle rythmait la vie de la collectivité en tant qu’activité productive comblant le besoin de se nourrir.

Aujourd’hui, ce mode de vie est révolu et a fait place à l’urbanisation massive. La ville moderne, comme Montréal, est un aménagement urbain regroupant une grande population sur une petite surface de territoire. La proximité physique entre les citadins est devenue une réalité de tous les jours. Malgré cette forte densité de la population, paradoxalement, la proximité physique entre les citadins ne permet pas nécessairement de bien se connaître. En ville, nous nous fondons dans la masse, nous devenons anonyme aux yeux des autres. Il arrive souvent que les membres d’un quartier ne se connaissent pas. Les citadins ont tous des voisins, mais combien d’entre eux les connaissent vraiment?

Les gens de la communauté traditionnelle se connaissaient malgré la distance qui les séparaient. Ceux de la ville moderne se connaissent moins malgré la plus grande proximité physique: tout un paradoxe! Le travail et le déplacement étant au centre de l’activité quotidienne des habitants de la ville, les occasions de se connaître et de partager un projet, comme le faisait autrefois les paysans, se font plus rares…

Et bien, le jardinage collectif semble venir réconcilier ces deux mondes. En effet, les jardins collectifs sont une activité communautaire et urbaine. Un lieu commun où l’agriculture redevient le centre d’intérêt et où on se réunie pendant un moment avec des membres du quartier. C’est une activité rythmant l’été puisque, quelques fois par semaine, les participants se retrouvent pour échanger entre eux et apprendre à se connaître dans un lieu commun et local. Les jardins collectifs permettent de briser l’anonymat que crée la ville et de recréer un lien social en offrant l’occasion de mettre la main à la pâte entre voisins. C’est dans ce cadre que la proximité physique de la ville est mise à bénéfice dans une occupation d’une partie du territoire en vue de produire un bien consommable. D’autant plus que cela crée un rapprochement interpersonnel et relationnel.

Isolement et intégration

Jardin collectif Ville en vert

C’est reconnu, plusieurs personnes souffrent de l’isolement social causé par de multiple situation provoquant leur mise à l’écart de leur famille, de leur quartier, ou d’autres groupes sociaux. S’il y a bien un moyen simple et agréable de sortir les gens de l’isolement, c’est bien par le jardinage collectif.

Les jardins collectifs d’Ahuntsic-Cartierville accueillent différents  types de personnes étant enclines à souffrir à l’isolement.

Les immigrants

Les immigrants peuvent être contraints à un isolement social et économique lors de la durée de leur intégration. Les jardins collectifs deviennent un excellent tremplin pour l’intégration des immigrants. Que ce soit pour pratiquer le français, pour retrouver et découvrir des membres de leur communauté locale, pour créer de nouveaux réseaux et liens sociaux, ou simplement pour sortir de chez soi, les jardins collectifs brisent l’isolement en tissant des liens communautaires. En plantant des légumes au jardin collectif, on s’enracine!

Personnes âgées

Pour les personnes âgées, l’isolement peut souvent être lié à des problèmes de santé et au manque d’activité physique. Sortir dehors, faire du jardinage, bouger un tant soit peu, briser la routine de l’inactivité physique, discuter et échanger avec les autres participants : voilà une activité qui brise la routine de l’isolement et de la solitude.

Intégration

Outre les problèmes de santé et d’intégration, le jardin collectif intègre les individus isolés par d’autre causes. Dans bien des cas, nous avons remarqué que des participants intéressés au jardinage n’auraient jamais entrepris de se faire un jardin par méconnaissance des techniques, par manque de temps pour s’en occuper, ou encore par manque de moyen. Par exemple, on retrouve dans les blocs d’appartement des locataires qui ont des bacs de fleurs sur leur balcon, et qui ont des connaissances de jardinage. Leurs permettre d’entreprendre un jardin collectif avec d’autres participants intéressés au jardinage, mais sans technique de jardinage, permet le partage des connaissances et expériences de ces techniques. De plus, nous avons observés d’autres participants qui, n’ayant eu aucune autre occasion ou prétexte pour faire connaissance avec leurs voisins, ont utilisé le jardin collectif comme moyen de connaître ces derniers.

Le jardin collectif devient l’étincelle qui permet d’alimenter une activité commune et la prise de soin des plantes potagères. La prise de soin d’un lieu commun, d’un cercle social. Voici un aspect social de l’écologie, le fait de prendre soin de l’environnement biologique et sociale.

La famille et les enfants

Jardin collectif Ville en vert

L’emploi du temps des familles peut souvent être chargé et lourd, et on peut manquer de temps pour passer un moment ensemble : quoi de mieux que de s’investir ensemble dans le projet du jardin collectif pour passer un moment de qualité ensemble; d’apprendre à jardiner en famille et ensuite passer à table pour déguster les fruits du travail. Dans cette perspective, le jardinage collectif devient une activité hebdomadaire bien adaptée à la vie familiale. Les relations parent-enfant trouvent un terrain et une activité commune transgénérationnelle qui permet la connaissance de ses proches. Prendre soin d’un jardin, toutes personnes, de tout âge, peut y trouver son compte.

Dans nos jardins d’Ahuntsic-Cartierville, nous accueillons généralement des mères et leurs enfants. Lors de leur séance de jardinage, les mères peuvent profiter du plaisir de jardiner et de socialiser entre elles, tout en sachant que leurs enfants s’amusent ensemble dans la découverte d’un milieu jardinier.

Par ailleurs, quelle occasion magnifique de rapprocher l’enfant urbain de la nature effacée par le béton et les logements. D’autant plus, que les enfants d’aujourd’hui baignent dans la technologie et la virtualité, et semblent demeurer plus longtemps à l’intérieur de la maison.  Jouer dehors et se salir fait moins partie du quotidien qu’auparavant. Surtout si l’on vit en milieu urbain! En plus, les enfants n’ont pas toujours la chance de comprendre d’où proviennent les fruits et les légumes qu’ils mangent dans leur assiette. Il y en a beaucoup qui ne voient que l’épicerie et les étagères débordantes de légumes qui arrivent là par magie!

Dans une telle situation, le jardin collectif devient un milieu propice au développement de l’enfant qui apprend à toucher, découvrir, comprendre le fonctionnement de la production de fruits et de légumes. Le jardin devient un milieu éducatif pour comprendre la nature, mais en ville. Il suffit de passer un après-midi avec des enfants dans un jardin pour qu’ils se mettent à poser des centaines de question, assoiffés de connaissances. Ou de les voir s’émerveiller, découvrir de nouveaux insectes. Ou encore de goûter directement à un produit du jardin lui permettant de faire le lien concret de la production et la consommation d’un fruit ou légume.

Finalement, on forme un lieu commun

Jardin collectif Ahuntsic-Cartierville

En conclusion, et pour résumer ces quelques réflexions, les jardins collectifs sont essentiellement une activité sociale qui donne littéralement ses fruits. En plus d’offrir des légumes frais durant la période estivale, le tissu social du quartier se voit renforcé. Dans le quotidien de la vie urbaine, le lien communautaire affaiblit se voit revigoré. Bien loin d’être une activité banale, les jardins collectifs recèlent de multiples facettes d’une vie sociale enrichie chez les habitants d’un quartier ou d’un lieu local. C’est un lieu commun qui réduit la distance entre  la vie moderne avec le passé paysan.

Le but d’un jardin communautaire demeure de fonder des jardins que prendront en main les jardiniers qui y participent. Lorsqu’un animateur en agriculture urbaine termine son engagement dans la création d’un jardin, il insiste sur le fait que les jardiniers devront eux-mêmes reprendre l’initiative d’année en année. Si ceux-ci récupèrent et entreprennent le jardin, nous pouvons dire mission réussie, et qu’un lien organique et sociale s’est créé. En jardinant, on apprend, on se rapproche, on s’enracine!

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