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Ville en vert

Chats et biodiversité ne font pas bon ménage

Chat

Je suis un amoureux des chats. J’en ai moi-même deux, qui me mènent parfois par le bout du nez. Je suis aussi un amant de la nature, des oiseaux, des insectes. D’ailleurs, mon travail consiste, entre autres, à sensibiliser les citoyennes et les citoyens à la présence des créatures sauvages en ville et à promouvoir leur appréciation et leur protection. Or, de récentes études ont révélé d’alarmantes statistiques au sujet de l’impact considérable de la prédation par les chats sur la faune sauvage. Parallèlement, plusieurs propriétaires de félins accordent une certaine liberté à leurs compagnons en leur permettant un accès au grand air, considérant naturel que ces derniers assouvissent leurs instincts de prédateurs. Mais alors, les chats domestiques ont-ils leur place au sein de nos écosystèmes? Dans les lignes qui suivent, je vous propose de découvrir le revers plutôt sombre de la double vie des chats d’extérieur et les pistes de solutions qui permettent de concilier l’amour pour les félins et l’amour pour la nature.

Le succès d’un prédateur opportuniste

Bien que domestiqué depuis des millénaires, le chat domestique (Felis catus) a su maintenir son instinct naturel de chasseur tout au long de sa relation avec l’humain. Cette relation était autrefois profitable à l’époque des épidémies véhiculées par les rats, le chat étant un des principaux agents de contrôle de la vermine. De nos jours, le chat domestique est présent presque partout où les humains sont établis. Selon une étude américaine, on en dénombre, en 2009, approximativement 600 millions à travers le monde, dont 148 à 188 millions (plus du quart) aux États-Unis seulement. De ceux-ci, seulement 88 millions ont un propriétaire, le reste représentant la population américaine de chats errants (60 à 100 millions).

Puisqu’il forme une espèce distincte de ses ancêtres sauvages, le chat domestique est aujourd’hui considéré comme une espèce introduite (ou exotique) dans tous les habitats où on le retrouve. Il est également considéré comme une espèce envahissante par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en raison de son caractère opportuniste, de sa capacité d’adaptation, de son efficacité en tant que prédateur et de sa capacité à supplanter les espèces indigènes qu’il côtoie. Selon une analyse de littérature parue en 2011, le chat domestique serait responsable de l’extinction de 33 espèces animales à travers le monde, principalement dans les milieux insulaires, soit 14% de toutes les extinctions animales récentes.

Un impact troublant sur la faune

Une seconde analyse de littérature parue en 2013 dans la revue Nature Communications estime que les chats ayant accès au grand air (ce qui inclut les chats errants) tueraient entre 1,4 et 3,7 milliards d’oiseaux et entre 6,9 et 20,7 milliards de mammifères aux États-Unis seulement. Ces estimations auraient été extrapolées à partir de données recueillies d’une série d’articles scientifiques portant sur la prédation par les chats domestiques. D’après les auteurs, les chats d’extérieur seraient la principale cause anthropogénique de mortalité chez les oiseaux et les mammifères aux États-Unis, dépassant les accidents de la route, les empoisonnements et la perte d’habitat.

Une troisième étude, également publiée en 2013 et basée à l’université de la Georgie aux États-Unis, expose des résultats étonnants. Les auteurs ont muni 55 chats d’extérieur d’une caméra vidéo autour du cou (KittyCams) afin de suivre de près chacune de leurs activités. On parle ici de chats bien nourris, stérilisés et ayant chacun un propriétaire. L’analyse des données vidéo a dévoilé que 44 % des chats, suivis pendant une période totale de sept jours à l’extérieur, ont démontré des comportements de chasse et que 30 % ont capturé des proies. La moyenne de prises par chat était de 2,4 proies durant les 7 jours à l’extérieur. Parmi les proies capturées, seulement 21 % ont été rapportées par les chats à leurs propriétaires, tandis que 28 % des proies ont été consommées sur place et 49 % ont été laissées à l’abandon. Comme quoi les chats ne tuent pas seulement pour se nourrir! Vous pouvez consulter un résumé comique de l’étude en visitant le site internet de The Oatmeal.

La conclusion consensuelle de ces études est donc la suivante : pour des raisons de conservation de la faune, de préservation de la biodiversité et pour la santé des écosystèmes naturels, les chats domestiques devraient être gardés à l’intérieur, et des mesures plus concrètes devraient être adoptées afin d’aborder la problématique de la surpopulation des chats errants.

Une vie plus sécuritaire à l’intérieur

Mais n’est-ce pas cruel de garder son chat à l’intérieur? N’est-il pas contre sa nature de ne pas pouvoir pourchasser les bestioles et assouvir ses instincts de prédateur? Deviendra-t-il malheureux, dépressif ou obèse s’il devait être confiné à une vie à l’intérieur? Ce sont là les questions que la plupart des propriétaires de félins se posent lorsque confrontés au dilemme de garder ou non leur chat à l’intérieur. Sur ces questions, l’avis des vétérinaires et des associations de protection des animaux est majoritaire : un chat gardé à l’intérieur sera en meilleure santé et vivra plus longtemps que celui qui va à l’extérieur. D’ailleurs, la moyenne de longévité des chats d’intérieur se situe entre 12 et 18 ans, tandis que celle des chats d’extérieur n’excède pas les cinq ans. Plusieurs facteurs contribuent à diminuer l’espérance de vie des chats allant à l’extérieur : accidents de la route, maladies infectieuses mortelles (comme la leucémie féline et le virus de l’immunodéficience féline), bagarres avec d’autres chats, rencontres avec d’autres animaux (chiens, prédateurs sauvages). Les chercheurs de l’université de la Georgie mentionnés plus tôt ont également publié des résultats au sujet des comportements risqués des chats d’extérieur. D’après leur étude, 85 % des chats munis de caméras vidéo et suivis pendant 7 jours ont exhibé au moins un comportement qui pouvait mettre leur vie en danger (par exemple, traverser une rue, consommer des substances inconnues, se bagarrer, etc.).

Des pistes de solution pour les propriétaires

À la lecture de ce texte, certains pourraient dire : « Oublie ça! Mon chat est tellement habitué à sortir dehors… Pas question de le garder à l’intérieur pour qu’il me rende la vie misérable! ». Certes, les chats adorent aller à l’extérieur, mais il est possible de fournir à votre compagnon l’expérience du grand air sans toutefois l’exposer aux dangers au-delà de la porte et sans contribuer à la dégradation de la biodiversité de votre quartier. Voici quelques recommandations qui pourront vous aider à concilier le bienêtre de Minou, celui de la faune locale et le vôtre :

1. Pensez deux fois avant d’adopter un compagnon félin.

Adopter un animal domestique représente un engagement qui devrait durer pour la vie entière du principal concerné. Les responsabilités associées aux soins adéquats d’un animal sont considérables et ne devraient pas être négligées lorsqu’on se fait séduire pas un chaton attendrissant. Malgré tout, plusieurs chats sont abandonnés à l’extérieur chaque année lors de déménagements ou simplement par lassitude de la part des propriétaires. Au Canada, plus de 100 000 chats abandonnés, perdus ou errants sont admis chaque année dans les refuges pour animaux et près de la moitié de ceux-ci sont euthanasiés.

2. Faites stériliser votre chat.

Les chats fertiles se reproduisent à une vitesse fulgurante et contribuent à l’accroissement de la population de chats errants. Au Québec, la population de chats errants est estimée à 1.6 millions.

3. Fournissez-lui un environnement intérieur stimulant.

Il est facile de créer un habitat intérieur adéquat pour le bienêtre d’un chat. Il s’agit de diversifier le paysage intérieur de votre logis en fournissant à votre compagnon une multitude de cachettes, de plateformes d’observation et de jouets. De temps à autre, introduisez une nouveauté qui viendra briser la routine : par exemple, une boite de carton. Offrez-lui également des végétaux à brouter juste pour lui. Du gazon pour chat en pots ou une motte de pelouse rempotée à l’intérieur peuvent très bien faire l’affaire. Comme la plupart des chats sont très intéressés par ce qui se passe à l’extérieur, assurez-vous de lui fournir un accès facile et spacieux devant les fenêtres de votre logis. Ces véritables écrans de divertissement ont tendance à meubler une bonne partie de la journée des chats d’intérieur. Somme toute, il est important d’habituer votre chat à la vie d’intérieur dès le plus jeune âge. Aussi, un chat ayant gouté à la vie au grand air sera réfractaire devant un confinement soudain. Une transition graduelle serait de mise dans cette situation.

4. Fournissez-lui un environnement extérieur contrôlé.

Il existe plusieurs solutions pour les propriétaires dont le pensionnaire félin quémande la porte de façon soutenue et insistante. Un balcon, une galerie, une terrasse, une véranda ou un solarium peuvent être facilement modifiés par l’ajout de filets, de treillis ou de grillages qui permettront de sécuriser et confiner le petit coin de plein-air pour Minou. Une petite cour bien clôturée ou un enclos sur mesure peuvent également être efficaces, mais une supervision assidue sera nécessaire afin de s’assurer que le chat ne se faufile pas ou ne saute pas vers l’au-delà.

Pour plus d’informations et de conseils sur comment garder son chat heureux à l’intérieur, consultez ce document (en anglais) publié par la Fédération des sociétés canadiennes d’assistance aux animaux.