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Ville en vert

Nourrir les animaux sauvages en ville : mythes et réalités

On me pose souvent la question suivante : Est-ce bien ou mal de nourrir les animaux sauvages? Il s’agit là d’une question très importante qui se doit d’être débattue, aussi nuancée que la réponse puisse l’être, surtout lorsqu’elle s’applique dans un contexte urbain. Alors? Bien ou mal? Mal, dans la plupart des cas. Bien, dans certains cas précis. L’heure juste et quelques précisions sur le sujet dans les lignes qui suivent.

Un danger pour les animaux et pour les humains

En tant qu’humains, plusieurs d’entre nous possèdent une curiosité innée envers les animaux qui nous pousse à vouloir nous approcher de plus près afin de mieux les contempler. Cette curiosité est amplifiée sur le web par une épidémie de vidéos et de photos de rencontres intimes et attendrissantes impliquant des humains qui nourrissent des animaux. Ces images suscitent un très grand intérêt chez les internautes et alimentent le phénomène. Ces comportements sont aussi facilement transmissibles à nos enfants, chez qui la curiosité est à son apogée. L’intention n’est certes pas mauvaise : plusieurs parents associent même l’action de nourrir les animaux en famille avec la sensibilisation à la nature, ce qui en soi n’est pas mauvais du tout. Le problème réside dans le fait que les animaux ne s’approchent pas de nous pour les mêmes raisons. Leur instinct de survie les mène dans une quête perpétuelle de nourriture et de raccourcis pour l’atteindre. Le butin offert gratuitement par les humains représente donc une opportunité inouïe pour les bêtes. Hélas, à force de se faire nourrir, les animaux perdent graduellement leur instinct de fuir les humains et développent une habitude à l’égard des mains généreuses. Plusieurs bêtes mettent ainsi leur vie en danger en s’approchant de leurs pourvoyeurs humains et des automobiles, des rues achalandées, des autoroutes… (voir l’exemple du Harfang des neiges dans la Biocapsule de janvier 2015).

Raton laveur Alan Light
Les mammifères sauvages urbains, comme les ratons laveurs et les écureuils, ne se gêneront pas pour prendre de la nourriture de votre main. Gare à vos doigts! Photo : Alan Light.

Le danger existe aussi pour les humains. Un écureuil ou un raton laveur apprivoisé ne se gênera certainement pas pour prendre de la nourriture de votre main. Gare à vos doigts : les morsures dans ce genre de situation sont très courantes. Bien que rarissimes, certaines maladies, comme la rage, peuvent potentiellement être transmises aux humains de cette façon.

Capacité naturelle et équilibre fragile de l’habitat

Que ce soit en ville ou en pleine nature, les animaux sauvages n’ont normalement pas besoin de notre aide pour se nourrir et survivre. Les divers habitats extérieurs présentent une multitude de ressources alimentaires naturelles (et artificielles!) pour la faune en été comme en hiver. Lorsque les ressources sont abondantes, les communautés animales se portent bien et foisonnent. Lorsqu’elles se font rares, des pertes au niveau des populations sont ressenties. Ainsi, un équilibre est atteint au sein des habitats fauniques. Toutefois, lorsque les humains interviennent en ajoutant des sources de nourritures qui ne sont que temporairement abondantes et qui semblent garanties aux yeux des animaux, le déséquilibre s’instaure et les problèmes surviennent.

Groupe de canards
Les oiseaux aquatiques, comme les canards, les cygnes et les bernaches, ont tendance à s’attrouper durant de longues périodes, là où les humains les nourrissent. Photo : Duck Lover

Par exemple, une concentration anormale et régulière de canards et de bernaches au bord d’un cours d’eau dans un parc, due au nourrissage artificiel par les humains, peut engendrer une dégradation de l’habitat par le piétinement, le broutage et les excréments des oiseaux surabondants. Cette proximité non escomptée peut également s’avérer néfaste pour les oiseaux en favorisant la prolifération d’éléments pathogènes au sein des populations sauvages.

Une diète inappropriée pour la faune
Bernache du Canada. Photo: Audrey
Bernache du Canada avec syndrome de l’aile d’ange, une malformation causé par une carence alimentaire. Photo : Audrey.

Dans plusieurs cas, la nourriture offerte par les humains est loin d’être appropriée pour les animaux. C’est le cas notamment du pain offert aux oiseaux comme les canards, les cygnes et les bernaches. Dans la nature, ces derniers ont une diète très variée et très riche : plantes aquatiques, insectes et autres invertébrés, crustacés, mollusques, petits poissons, grenouilles, petits fruits, noix et graines. Pour sa part, le pain, constitué essentiellement de glucides simples, est un aliment extrêmement pauvre pour la faune en général. Ainsi, les oiseaux nourris régulièrement au pain souffrent fréquemment de malnutrition et de carences alimentaires. Certains développent même des malformations aux ailes qui les rendent inaptes au vol (syndrome de l’aile d’ange), dues à une diète trop riche en glucides et pauvre en minéraux.

Et nourrir les oiseaux dans sa cour alors?
Cardinal Photo : Jen Goellnitz
Si on respecte certaines règles d’or, nourrir les oiseaux sauvages dans sa cour est sans danger. Photo : Jen Goellnitz

S’il est proscrit de nourrir les oiseaux aquatiques comme les canards, les cygnes et les bernaches, qu’en est-il de nourrir les plus petits oiseaux dans sa cour à l’aide d’une mangeoire? Ne risquons-nous pas de rendre les cardinaux, les mésanges et les geais bleus du quartier dépendants de ce cette source artificielle? Risque-t-on la dégradation de leur environnement s’ils se présentent en grand nombre à nos mangeoires? Seront-ils plus susceptibles aux maladies? Aux carences alimentaires? Deviendront-ils agressifs? Rassurez-vous. La réponse à ces questions est la suivante : si on nourrit les oiseaux dans sa cour en respectant les consignes énumérées plus bas, il n’y a pas de danger pour eux ni pour nous. Nourrir les oiseaux dans sa cour peut même être bénéfique, car la pratique permet d’assurer un suivi des fluctuations de populations d’oiseaux, ce qui permet d’appuyer certaines démarches de conservation (consultez le programme Feederwatch pour plus d’informations). Les plus petits oiseaux (appelons-les les oiseaux chanteurs), ont des comportements bien différents de ceux des oiseaux aquatiques (canards, cygnes et bernaches) en ce qui concerne la recherche de nourriture. Cette différence les rend moins vulnérables aux problèmes auxquels font face les oiseaux aquatiques à l’égard des interventions humaines. Les oiseaux aquatiques ont tendance à demeurer dans un endroit où la nourriture est abondante et à s’y regrouper durant de longues périodes, ce qui les rend vulnérables aux maladies et à la dégradation de leur habitat. Les oiseaux chanteurs, quant à eux, sont de nature plutôt nomade, bien qu’ils resteront fidèles à vos mangeoires. Instinctivement, les oiseaux chanteurs parcourent un réseau de stations alimentaires, sans demeurer au même endroit trop longtemps, mais tout en profitant des avantages de chacun des sites. Ce comportement leur permet de diversifier leurs ressources et d’être moins dépendants de chacune d’entre elles. On peut dire que les oiseaux chanteurs ne mettent pas tous leurs œufs dans le même panier! Cela dit, il est important de noter que les oiseaux se nourrissant aux mangeoires risquent une plus grande exposition aux prédateurs comme les éperviers et les chats. Il est donc important de fournir des endroits sécuritaires aux oiseaux pour se cacher (conifères, tas de branches) et de garder son chat à l’intérieur, dans la mesure du possible.Les oiseaux visitant les mangeoires peuvent également s’exposer à certaines maladies, comme la salmonellose, surtout s’ils sont nombreux à venir s’y nourrir. C’est pourquoi il est important de garder les mangeoires propres. On peut les nettoyer avec une solution d’eau de Javel deux fois par année (au printemps et à l’automne). Il est également conseillé de toujours offrir de la nourriture fraiche et de ne pas laisser les graines s’accumuler sous les mangeoires. La nourriture gâtée ou moisie peut causer l’aspergillose chez les oiseaux, une maladie respiratoire de nature fongique.Pour des conseils sur comment nourrir les oiseaux chez soi, visitez le lien suivant. Si vous désirez vous rapprocher de la faune ou attirer les oiseaux dans votre jardin, pourquoi ne pas les encourager à utiliser des sources de nourriture naturelles en plantant des végétaux indigènes qui fournissent des petits fruits, des graines, des fleurs nectarifères? Vous contribuerez ainsi à améliorer le patrimoine végétal de votre quartier, à soutenir une plus grande biodiversité et à créer un véritable écosystème dans votre cour.

Ce que dit la loi

Quoi qu’il en soit, nourrir les animaux sauvages est interdit dans plusieurs municipalités du Québec. Dans la plupart des arrondissements de la ville de Montréal, l’interdiction s’applique principalement aux ratons laveurs, écureuils, chats errants, pigeons et goélands. Les contrevenants sont d’ailleurs passibles d’amendes s’élevant de 30 $ à 1000 $ selon la gravité de l’infraction. Toutefois, aucune règlementation n’existe à Montréal en ce qui concerne le nourrissage des oiseaux dans sa cour à l’aide de mangeoires.Pour plus de renseignements au sujet de la faune urbaine, n’hésitez pas à nous contacter!